Rome ville ouverte

Des visages comme ceux d’Aldo Fabrizi, Anna Magnani, l’étonnante Maria Michi, le petit Vito Annicchiarico, Harry Feist, viennent peupler et hanter le souvenir du spectateur

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Rome ville ouverte
Pina (Anna Magnani) et Don Pietro (Aldo Fabrizi) dans Rome, ville ouverte, une réalisation de Roberto Rossellini

On a parlé d’une renaissance du film italien. A ce point de vue, Rome, ville ouverte est mieux qu’une promesse: une véritable révélation. Nous nous souvenons de l’époque, pas bien lointaine, lorsqu’on se contentait de filmer sous l’admirable ciel d’Italie de grandes machines vides de sens comme Scipion l’Africain ou des niaiseries musicales, ou encore des mélos tapageurs, jouées avec emphase. Le film de Roberto Rossellini, lui, fait table rase  de tous ces procédés désuets et combien poussiéreux. Voici la vie talle qu’elle est. Voici des êtres humains qui souffrent, pleurent, agissent “normalement”. Voici encore un cadre magnifique: la Ville Eternelle; une toile de fond dont on a beaucoup abusé mais qui reste singulièrement émouvante lorsqu’on s’en sert comme l’a fait Rossellini: la guerre, les derniers jours de l’occupation allemande.

Par plus d’un point, Rome, ville ouverte est un film remarquable. Il a du style, un style sobre, bouleversant même à force de simplicité. Ces images ont souvent l’éloquence surprenante d’un film d’actualité. C’est dire que l’écueil du chiqué est évité. Il y a parfois une émotion un peu facile, mais on ne sombre jamais dans la grandiloquence ou l’exagération. Et c’est là qu’éclatent les mérites d’un jeune cinéaste qui n’a pas craint de nous montrer brutalement ce jeu de la vie et de la mort tel qu’il est vraiment. Il n’y pas, ici, d’espionne super-photogénique, de douce et immatérielle héroïne, de jeune premier-tombeur de cœurs. Il y a des visages durs, tendus par la volonté, tordus par l’anxiété, des visages de tous les jours qui ne recherchent pas les éclairages savants, mais qui s’offrent tels qu’ils sont: derrière ces visages il y a une âme.

Le sujet? Y a-t-il un sujet proprement dit? Sergio Amidei a regardé ce qui s’est passé autour de lui; il a tissé solidement ensemble le destin de plusieurs “petites gens” à la veille de se libérer du joug nazi qui les oppresse. Les Alliés ne sont pas loin. Rome a été déclarée ville ouverte. Mais innombrables sont les petits drames qui se jouent fans les rues et ruelles de l’antique cité. Et non moins poignants sont ceux qui se déroulent dans le cœur de cette poignée d’individus sur lesquels le scénariste a centré son attention.

Roberto Rossellini a exploité à fond les possibilités du cinéma; le rythme nerveux de son film, sa façon de conte, de cueillir tel détail pittoresque, d’éclairer tel décor, tout cela nous émeut et nous enchante. Et l’interprétation aussi. Des visages comme ceux d’Aldo Fabrizi, Anna Magnani, l’étonnante Maria Michi, le petit Vito Annicchiarico, Harry Feist, tant d’autres encore, viennent peupler et hanter le souvenir du spectateur. Il n’est pas beaucoup de films dont on peut en dire autant.

Paul Deglin
Paris, Février 1947

Autore: tributetoannamagnani

"Tribute to Anna Magnani" è un progetto ideato e realizzato per rendere omaggio ad Anna Magnani, a scopo didattico e senza fini commerciali. For Study Purposes Only.

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